Tribune - La taxation des œuvres d'art menace l'exception culturelle française
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Le projet de taxe sur les holdings discuté dans le cadre du projet de loi de finances pour 2026 prévoit d'inclure les œuvres d'art. Cette mesure constitue une rupture majeure avec la tradition fiscale française qui a toujours préservé le patrimoine artistique : les œuvres d'art ont été exclues de l'impôt sur la fortune (ISF) depuis sa création, puis de l'impôt sur la fortune immobilière (IFI).
Inclure les œuvres d'art dans cette nouvelle taxation reviendrait à les assimiler à de simples actifs financiers improductifs. C'est méconnaître leur nature profonde : les œuvres d'art sont des biens culturels qui participent au rayonnement de la France, enrichissent notre patrimoine collectif et contribuent à l'attractivité de nos territoires. Elles ne peuvent être réduites à leur seule valeur vénale.
Cette fiscalité fragiliserait les plus de 60 000 emplois directs et 120 000 emplois indirects qui dépendent du secteur de l'art. Le marché de l'art français représente 7% des ventes mondiales et ne pourra supporter une pression fiscale qui le placerait en désavantage compétitif.
Elle fragiliserait les galeries d’art, déjà confrontées à des charges d'exploitation élevées à Paris, alors qu’elles jouent un rôle irremplaçable pour mettre en valeur la scène artistique française. Elles soutiennent les revenus de milliers d'artistes, les exposent, les font connaître et constituent le premier maillon de la chaîne de reconnaissance artistique. Elles offrent gratuitement au public un accès permanent à l'art contemporain et aux œuvres patrimoniales. Le plus grand musée gratuit du monde, ce sont les galeries d'art parisiennes !
Si cette taxation était adoptée, ce serait aussi la fuite des œuvres vers l’étranger et l'appauvrissement du marché de l'art français. Des collectionneurs délocaliseraient leurs collections et les transactions vers Londres, New York ou Genève, privant la France de ressources fiscales bien supérieures au rendement espéré de cette nouvelle taxe.
La déstabilisation frapperait aussi le mécénat, déjà fragilisé. Les fondations et les collectionneurs-mécènes réduiraient leurs dons et leurs prêts aux institutions culturelles. Les politiques d'acquisition des musées en seraient appauvries, au moment où nos établissements peinent déjà à rivaliser avec les grandes institutions étrangères.
Enfin, l'évaluation annuelle de la valeur vénale des œuvres d'art soulève des problèmes techniques considérables. Comment distinguer cette valeur de marché du prix d'acquisition historique ? Comment tenir compte de l'évolution parfois erratique des cotes d'artistes ? Comment évaluer des œuvres qui ne passent sur le marché que tous les vingt ou trente ans ? Ces questions rendraient l'application de cette taxe complexe et contentieuse.
Le Parlement a encore la possibilité de corriger cette erreur. Il en va de la défense de notre patrimoine, de nos emplois culturels et de notre rayonnement international.
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